

Le Nouvel Observateur s'est procuré un listing retraçant l’évolution des prix, dans un hyper, de plus de 250 produits de grandes marques parmi les plus vendus dans les grandes surfaces. Il en ressort une hausse moyenne de 11,5% sur trois ans, deux fois plus que l'inflation. Nouvelobs.com en publie la liste intégrale
Pouvoir d'achat : la panne
Le volontarisme présidentiel en matière de pouvoir d'achat s'est avéré stérile jusqu'à maintenant. C'est même une dégradation qui se profile désormais à l'horizon.
"Je veux être le président de l'augmentation du pouvoir d'achat", affirmait haut et fort Nicolas Sarkozy le 14 janvier dernier, lors du lancement de sa campagne présidentielle. Le fait qu'il ait, mieux que d'autres, perçu l'ampleur de l'insatisfaction des Français sur ce sujet, et en particulier celle des couches populaires, explique pour une bonne part le large succès qu'il a rencontré en mai dernier. Mais cette question devient également, pour les mêmes raisons, une des principales causes du désenchantement qui commence à poindre en cette fin d'année: le volontarisme présidentiel dans ce domaine apparaît de plus en plus comme de l'agitation sans prise sur le réel. Non seulement on ne voit rien venir en matière de pouvoir d'achat - ce qui après seulement six mois de présidence n'est pas en soi choquant -, mais c'est plutôt une nouvelle et nette dégradation qui se profile désormais.
Les hausses massives des produits pétroliers et des prix alimentaires intervenues au cours des dernières semaines ont en effet entraîné une accélération sensible de la hausse des prix passée de 1,5% par an en septembre à 2% en octobre dernier. Un niveau qui reste encore très bas, mais il y a de bonnes raisons de craindre que ce ne soit qu'un début.

Nicolas Sarkozy n'est évidemment pas responsable de cette situation, mais elle rend toujours plus improbable la concrétisation des miracles promis en matière de pouvoir d'achat. Tout d'abord, parce que la hausse de ce pouvoir d'achat dépend avant tout du dynamisme de l'économie. Et sur ce plan, les premières mesures engagées ne sont pas de nature à relancer l'activité de façon significative (1).
Le reste, et notamment l'action envisagée par le Président pour libéraliser davantage la grande distribution, ne peut jouer qu'à la marge, voire se révéler contre productif en accélérant encore les délocalisations et les restructurations. Quant aux moyens budgétaires qui auraient éventuellement permis d'amortir le choc de court terme et calmer la colère des Français les plus modestes, ils ont déjà été utilisés (et même au-delà) pour satisfaire de toute urgence cet été les revendications fiscales des plus aisés.
Guillaume Duval
Alternatives Economiques - n°264 - Décembre 2007
Salaire, pouvoir d'achat, quelles différences ?

Le pouvoir d'achat est la capacité d'un individu à acquérir des biens et des services grâce à son revenu, c'est-à-dire grâce à toutes les ressources dont il dispose (travail, capital, prestations familiales et sociales). L'évolution du pouvoir d'achat dépend donc du revenu et des prix. Si les prix augmentent alors que les revenus restent stables, le pouvoir d'achat baisse. En revanche, si la hausse des revenus est supérieure à celle des prix le pouvoir d'achat augmente.

Les revenus stagnent

Que ce soit dans la fonction publique ou le secteur privé, les revenus stagnent depuis quelques années. Dans le secteur public, les revenus stagnent car les gouvernements successifs de ces dernières années ont refusé d'organiser de larges de négociations avec les syndicats pour procéder à une hausse générale des traitements des fonctionnaires. Face à une dette colossale et un déficit qui se creuse chaque année, l'Etat n'a pas les moyens financiers de procéder à ces hausses généralisées. Les syndicats ne sont pas de cet avis et considèrent que c'est une question de hiérarchisation des priorités. Dans le secteur privé, la hausse des salaires est également relativement faible. Plusieurs raisons peuvent être avancées : un contexte économique morose, des charges sociales trop élevées pour les PME, une répartition capital/travail qui bascule au profit des premiers avec des actionnaires qui réclament toujours plus de profits et une minimisation des coûts. Enfin, la mondialisation et la concurrence des pays émergents dans certains secteurs d'activité poussent les entreprises à licencier. Dans ce contexte parfois hostile, les dirigeants d’entreprise sont souvent en position de force pour limiter les hausses de salaire, voire pour augmenter la durée du travail sans augmentation de salaire.


Les prix augmentent

Parallèlement à cette stagnation des revenus, la hausse des prix est constante. Les biens de consommation courante ont augmenté, notamment en raison du passage à l'Euro. Mais la conversation franc/euro n'explique pas tout. S'agissant des biens de consommation, certaines hausses de matières premières sont directement répercutées sur le prix des produits. C'est le cas du prix du blé cet été, car les stocks mondiaux sont au plus bas. C'est également le cas du prix du lait. Les stocks de lait sont insuffisants par rapport à la demande mondiale qui s'est considérablement accrue, notamment en raison de la hausse de la demande de certains pays comme l'Inde ou la Chine. Cependant, toutes ces explications sont parfois utilisées par certains industriels pour répercuter des hausses de prix plus importantes que la hausse des coûts des matières premières afin d'augmenter leurs marges. Enfin, deux secteurs de dépense ont considérablement augmenté ces dernières années : l'énergie et le logement. En 10 années, les prix de l'immobilier se sont envolés, les valeurs ont parfois doublé. Parallèlement à cette hausse du prix au m², les loyers ont aussi fortement augmenté. Se loger devient difficile et acquérir un bien immobilier pour la première fois relève de la mission impossible dans certaines régions, à commencer par Paris et sa périphérie, pour la classe moyenne. S'agissant de l'énergie, les prix du gaz et de l'électricité augmentent, mais c'est surtout le prix des carburants qui a fortement progressé ces derniers mois. A chaque fois, toutes ces hausses de prix contribuent à baisser le pouvoir d'achat des salariés car ces hausses ne sont pas compensées par des augmentations de salaire. Par conséquent, le pouvoir d'achat baisse car les salaires augmentent moins vite que les prix des biens de consommation.


